1989. A
l'heure où disparaît le rideau de fer, l'Europe occidentale
découvre une Roumanie marquée par plus de 40 ans d'un régime
totalitaire.
Un pays que Ceausescu a voulu modeler, à grand renfort de
chantiers et de destructions. Ainsi, la capitale, Bucarest,
a-t-elle été amputée d'1/5ème de ses anciens bâtiments,
pour laisser la place à la "Maison du Peuple", édifice
regroupant tous les pouvoirs centraux et aujourd'hui,
"Palais du Parlement". Accessoirement : le plus
grand monument d'Europe, et le 2è du monde, après le
Pentagone.
D'autres cicatrices marquent la capitale roumaine, même si
Bucarest conserve encore, au détour de ses rues, le souvenir
de son âge d'or, avant guerre, quand la ville était surnommée
"le petit Paris de l'Est".
En sillonnant la ville, Benjamin MOUTON, Sergiu NISTOR et la
vingtaine de jeunes architectes en formation qu'ils encadrent
mesurent mieux l'étendue de leur mission. Ce sont déjà
quelques confrères qui, en 1984, on sauvé une partie du
patrimoine de la ville de la folie de Ceausescu.
Un patrimoine qui aujourd’hui, est en convalescence. Supprimé
pendant plus de 20 ans, le Service des Monuments Historiques
renaît, avec pour premier défi de former de nouveaux
architectes spécialisés. C'est le but de ce partenariat
franco-roumain initié par Benjamin MOUTON (architecte et
professeur à l'école de Chaillot). Les ateliers de formation
sont mixtes ; ils permettent de sauvegarder des sites épargnés
par Ceausescu, mais oubliés pendant des décennies. C'est le
cas de Sibiu, en Transylvanie (à 300 km de Bucarest), où les
architectes ont installé leur chantier-école.
Plus au nord, en
Bucovine, à la frontière avec l'Ukraine, les paysages sont
restés tels qu'au début du siècle. Ici, la collectivisation
n'a pas eu lieu. Trop loin de Bucarest, les villages n'ont pas
été détruits, comme Ceausescu avait prévu de le faire pour
7 à 8000 d'entre eux.
L'habitat traditionnel constitue ici le patrimoine vivant de
ces campagnes. Certains habitants s'improvisent hôtes
d'accueil ; l'association "échange-Roumanie",
représentée ici par Yvette Tabard, encourage ces initiatives
qui animent et développent le tissus social.
La Bucovine est aussi réputée pour ses monastères peints,
heureusement épargnés par les réformes Ceausescu, et classés
au Patrimoine Mondial par l'UNESCO. Les moniales de Suceviţa
et Voroneţ sont les guides érudites de ces Bibles
murales. Après plus de 4 siècles, les fresques gardent un éclat
extraordinaire.