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échange Roumanie  partenaire de DEFi Jeunes avec le parrainage du projet de Violaine Chaussonnet

DEFI  JEUNES     ROUMANIE  2004 et 2005
 

2005 - 2006: Sonia PANZANI

voir: http://enavantlesprojets.over-blog.com/  

http://www.compartir.fr/projets.html

Mercredi 28 Décembre 2005

Participation au concours Défi jeunes

Je présente le projet au concours Défi jeunes de mon département: l'Isère.

2004: Violaine CHAUSSONET

violainechaussonnet@yahoo.fr

Souvenir d’un voyage photographique en Roumanie

 « Je suis entrée en Roumanie le 27 juillet 2004 , après douze jours de voyage à travers l’Allemagne, l’Autriche, la Slovaquie et la Hongrie.
Sieu, Maramures.

Première halte au siège de l’association Images de l’Est réunissant des vidéastes amoureux de l’est européen, et plus particulièrement de la Roumanie, qui filmaient la vie de ce pays : mise en scène d’adages populaires, documentaire sur le dor, sentiment  éprouvé par le seul peuple roumain et que l’on pourrait situer entre la nostalgie et la mélancolie, documentaire sur le casan, lieu joyeux où l’on fabrique la tsuica, alcool national, et bien d’autres choses encore.
Je me souviens d’un repas gargantuesque pris dans la famille d’un sculpteur sur bois. Une odeur de sapin fraîchement coupé entourait la maison, petite et toute en bois, l’atelier attenant flottait sur une mer de copeaux blancs. La maison semblait vivante, nous ne nous y sentions pas enfermés, mais comme dans un abri né de l’environnement, un peu comme à l’intérieur du monde – une harmonie difficile à décrire. Le repas n’en finissait pas, aussi goûteux que copieux, et la tsuica remplissait nos verres jamais vides – il faut savoir qu’un verre ou une assiette terminés appellent son remplissage, le Roumain à horreur du vide. Je me suis sentie légère, la tsuica à cette vertu, et très vite l’herbe tendre du jardin accueillit mon corps lourd d’un sommeil sans rêves.
Je me souviens d’un réveil en musique, à Sapantsa, une musique triste, d’instruments à vent, une belle musique, une fanfare sous la pluie fine, on enterrait un mort au cimetière qu’on appelle joyeux parce qu’un artiste du village écrivait avec humour sur la stèle en bois la vie du défunt. Je me souviens des creuseurs de tombes sous l’averse.
Je me souviens de l’ancienne église de Poienele Izei, aux peintures intérieures représentant l’enfer dans la partie réservée aux femmes. On peut y voir une femme nue, couchée, se faisant repasser le dos par un diablotin, punition pour celle qui a repassé le dimanche, nous expliqua le guide ; ou encore une femme mangeant son enfant, punition pour celle qui a avorté.
Delta du Danube, 15 août.
Des maisons aux toits de chaume et aux murs en torchis. Les couleurs bleue et blanche : bleu, le Danube et la mer qu’il rejoint, bleus les yeux d’un vieil homme à barbe, un lipovène , descendant de russes fuyant une réforme de l’orthodoxie, bleu le ciel. Blanches les façades des maisons lavées de chaux, blanche la lumière près de la mer.
Murighiol, je me souviens d’un vendeur de balades en bateau à l’intérieur du delta qui nous affubla du nom de « porc » lorsque nous refusâmes son offre.
Je me souviens d’un âne sous le soleil crevant de soif que quelques photographies prises rappelèrent au souvenir de son maître et lui valurent le plaisir de boire enfin.
Sfântu Gheorghe, village où s’unissent enfin le Danube et la mer noire, village du bout de ce bout de monde.
Je me souviens de mon premier bain dans la mer noire qui était noire parce qu’il faisait nuit.
Sur la route vers Constanta, j’ai vu des chiens morts, un monastère sous tente, un pope et ses ouailles balayant un tapis au milieu d’une nationale.
Constanta, 2 mai, Vama Veche, 25 août.
Constanta, arrivée à la tombée de la nuit, l’appel de la mosquée, entendue pour la première fois. Ville énorme, je m’inquiète, beaucoup de bruit, d’enfants des rues, drôle d’ambiance, aucun lieu pour accueillir ma guimbarde qui fait office de chambre à coucher, de bureau, de cuisine. Je trouve finalement une place qui semble calme. Nuit paisible, au réveil je m’aperçois que je suis dans l’enceinte du ministère de la défense.
Je me souviens d’une petite gitane qui me demande de la photographier et qui ne comprend pas que je ne peux pas lui donner tout de suite la photographie.
2 mai, village entre Mangalia et Vama veche. Je rencontre Bruno, français de quarante ans environ qui parcourt le monde depuis une dizaine d’années, passionné par les animaux sauvages. Il m’invite à le suivre à Istanbul.
Vama veche, village côtier à 100 mètres de la Bulgarie. Je suis installée sur la plage. En face de ma guimbarde, il y a une tente recouverte d’un plastique retenu par de très grosses pierres blanches et roses. Une vieille femme y habite. Elle dort nue au soleil d’après-midi, devant sa tente, le corps brun foncé, cela fait deux mois qu’elle vit ici, elle a un gros chien sympathique et vient de Bucarest. Elle parle beaucoup et très fort.
Je me souviens des policiers arpentant les plages nudistes à la recherche de tout activité pouvant nuire à la paix publique, l’œil toujours en coin.
Je me souviens de la deuxième édition du festival de musique rock Stufstock, beaucoup de monde, de la publicité, des stands de bière innombrables habités par une musique toujours différente et de plus en plus bruyante.
Je me souviens un matin sur la plage, à côté de moi, un jeune homme joue de la guitare et chante accompagné de ses amis, tout doucement, en roumain. Le groupe entame une chanson rigolote et les filles rient. Il y a le vent, le bruit de la mer, la langue roumaine, les rires, les notes de guitare. Je tombe définitivement amoureuse de cette langue.
Vers Bucarest.
Je longe la frontière bulgare par des petites routes. Le pays est vallonné et désert, comme je l’aime. Je me fais arrêter plusieurs fois par des douaniers. Ils sont toujours sceptiques lorsque je leur réponds que je transporte ma maison. Ils finissent par être amusés et deviennent sympathiques. C’est le temps des prunes, des noix et du raisin. La route est parfois bordée de tsiganes vendant de ces fruits.
Les prunes ont un goût de terre et d’amande.
Bucarest, début septembre
Je me souviens du petit appartement de mon ami Bogdan et du chant des tsiganes ferrailleurs nous réveillant le matin: « Fiiiiiiiiereee cuuuumpaaaraaaaaam ! », une phrase scandée indéfiniment, comme une psalmodie.
Je me souviens des montagnes de pastèques jonchant les trottoirs derrière lesquelles on pouvait voir des tentes plus ou  moins sommaires, certaines abritant même des canapés, des tapis, des réchauds. Car l’emploi de vendeur de pastèque dure tout l’été et on ne peut déplacer des montagnes !
Il y avait le lac Morii derrière les immeubles où se trouvait l’appartement de mon ami, lac construit par Ceausescu qui recouvrait un cimetière. Je me souviens des baigneurs, des hommes allongés au soleil sur le chemin ceinturant le lac, d’un pêcheur encerclé de bouteilles en plastique, des quelques croix à la mémoire des noyés.
Je me souviens du soleil couchant à travers la verrière de la caisse d’épargne, dans le vieux Bucarest. Il y a non loin de là la petite église Stavropoléos, avec son cloître qui me faisait penser à un jardin zen, des végétaux grimpant sur les colonnes, une petite fontaine en son centre, une cloche énorme posée sur le sol. J’y ai vu la première chute d’une feuille morte. Le pope de cette église est réputé pour la finesse de son esprit, beaucoup d’érudits viennent converser avec lui.
Je me souviens du parc Cismigiu et de son étang qui la nuit venant est inondé de grenouilles.
Je me souviens de la rue des antiquaires où l’on trouve des nombreux magasins vendant de vieux appareils photographiques.
Je me souviens d’un Ceainârie, endroit où l’on peut goûter une centaine de thés différents, celui-ci était situé dans un bâtiment datant du début du siècle, il faisait nuit et nous étions dans la cour, sous de grands arbres, éclairés par la lumière électrique venant de la véranda.
Monastère de Cîrcea, mi septembre.
Après quelques jours de route, j’arrive fatiguée au monastère de religieuses de Cîrcea, près de Craiova. C’est la fin de la journée, le soleil décline. J’entre dans la première enceinte. Un moine me hèle. Je me dirige vers lui. Il a une longue barbe, une voix rocailleuse, le souffle court et des prunes dans ses mains. Il me demande ce que je veux, je demande l’hospitalité, il doute qu’on puisse m’accueillir, il m’offre quelques prunes et m’indique la cellule de la mère supérieure.
J’entre. Sœur Eliodora est couchée, le visage seul baigné d’une lumière orangée. Elle m’explique qu’elle vient d’être opérée et me parle longuement du monastère. Elle est la fille du moine qui m’a accueillit et qui a fondé le monastère. Après moult bénédictions, elle me présente sœur Raphaella qui s’occupa de moi durant mon court séjour. Elle avait mon âge,  m’appelait sœur Violetta, avait un sourire très doux. Je me souviens de sa main tendre et calleuse, lorsqu’elle m’entraînait pour me montrer la salle de bain et les toilettes, cette fameuse cabane au fond du jardin. Je l’aimais beaucoup. Le soir dans ma chambre, elle récita face aux images du Christ, de sa sœur, de sainte Catherine et de sainte Sophie, le Tatal nostru, le Notre Père.
Le lendemain matin, me promenant dans le monastère à la recherche de photographies, j’ai rencontré, assise par terre en face de plusieurs bassines remplies de tomates, une très vieille femme, toute recourbée, qui coupait ces fruits en morceaux. C’était le temps de la préparation des conserves de sauce tomate pour l’hiver.
Elle me dit : « Ne reste pas ici ! Pas de viande, pas d’alcool, pas de discothèque, pars, ne reste pas ici ! …Que veux-tu ? …Dieu a pris mes parents, mon mari, mes enfants, mes frères et sœurs, mais moi, il ne me prend pas, moi, il ne veut pas de moi…Que veux-tu ? ». J’appris qu’elle était dans ce monastère depuis moins d’un an. Elle attendait la mort. Je la quittai en lui disant « à bientôt », je ne l’ai pas revue.
Je me souviens du sourire triste de Raphaella quand je lui ai dit que je reprenais la route. Je me souviens de la tentative d’évangélisation en voiture par une autre sœur que j’ai accompagné dans le village, j’ai compris peu de chose, sauf que le protestantisme était une secte, pour cette sœur du moins. Je me souviens du raisin au goût de chewing-gum qu’elle m’a offert sur le chemin du retour.
Timisoara, fin septembre.
C’est la fin du voyage. Je suis de plus en plus fatiguée.
Il y a  à Timisoara une fontaine au centre de la place Unirii, les habitants de la ville viennent y remplir leur bouteilles, car c’est de l’eau de source et l’eau du robinet est, comme à Bucarest, presque imbuvable car trop chlorée. Je me souviens d’une dame au visage particulier, qui était bien assortie à son vélo bleu usé, nous avons discuté un peu, elle m’a montrée le café le moins cher de la place Unirii et, sortant une petite fiole, m’a proposé une goulée de tsuica.
Je me souviens de la place du théâtre et des innombrables pigeons picorant le pavé à contre jour.
Je me souviens d’une photographie que je n’ai pas eu le temps de prendre et qui m’a amené dans le bureau fermé de barreaux d’un centre militaire – car c’est le mur de ce centre que je prenais en photographie sans le savoir, des discussions interminables avec le sous-chef puis avec le chef qui voulait prendre ma pellicule, de mon passeport et carte d’identité, recopiés par deux fois, avec grande application, des questions de plus en plus précises sur ma ville, mon travail…puis du chef en treillis, pistolet à la ceinture se levant face à moi, et enfin de ce mot sorti brutalement de sa bouche : « Liber ! »
Je me souviens du parc des roses que je n’ai pas vu. »

 

Je remercie chaleureusement :
-
Les associations:
   Rhône-Roumanie
   échange-Roumanie              Montant du parrainage échange Roumanie: 300 Euros le 10 février 2004.
   Réussir en Roumanie
   Images de l’Est
- Le Photo-Ciné-Club d’Alsace
- Emmanuel Sapet
- Le Centre culturel français de Timisoara
- Bogdan Marin
- Le ministère de l’intérieur pour son prix  DEFi-jeunes  sans qui ce projet  n’aurait pu être concrétisé.

 

         

 

DEFI Jeunes

-  projet  de Violaine CHAUSSONNET:         
QUELLES VIES en ROUMANIE  ?    " Impressions photographiques en Europe de l'Est"
-  présenté en commission  DEFI jeunes  de juin 2004
- projet:
  
QUELLES VIES EN ROUMANIE ?   
Impressions photographiques en Europe de l’est
1/ Nature du projet.
J’ai pour projet de partir six mois en Roumanie afin de faire apparaître à travers une série de photographies les rencontres nées de l’immersion d’une « subjectivité occidentale » dans différents milieux d’un pays d’Europe centrale.
Je me refuse cependant de faire un relevé des particularismes spectaculaires (charrettes, bitume troué, lavoirs…), tendance spontanée d’un œil touristique encore façonné par les normes de son pays. Je pars pour rencontrer des hommes et non les figures d’un mode de vie folklorique, montrer des espaces habitables, et non visitables. Je souhaite par là participer à la transformation des visions tronquées de l’espace européen qui se construisent par des voyages touristiques trop rapides ou trop ciblés, ou par les images misérabilistes transmises par les médias.  Je désire donner au continent européen une mesure humaine en montrant comment les hommes se ressemblent et les pays se rejoignent tout en écartant la tentation de réduire les différences. Car s’il faut affronter le danger de cacophonie propre à notre monde ouvert à toutes les cultures en faisant apparaître par la photographie ce qui relie les hommes,  il me semble tout aussi nécessaire de combattre l’illusion que le monde s’uniformise en laissant surgir des rencontres les particularités des paysages et des vies.
C’est pourquoi, afin d’approfondir le regard, j’ai décidé de rencontrer des personnes de milieux différents pendant un temps suffisamment long pour me familiariser et comprendre la spécificité de chacun de ces milieux. Ainsi, ma subjectivité se frottant à la réalité du pays, j’espère atteindre ce point central où mon regard ne sera formaté ni par les représentations habituelles de mon pays ni par celles du pays d’accueil. C’est, je l’espère par cette translation qu’apparaîtra en profondeur la culture des milieux rencontrés mais aussi les détails étranges  qui manifestent l’espace temps particulier du pays.  Car je crois en ce que dit Céline : « C’est cela l’exil, l’étranger, cette inexorable observation de l’existence, telle qu’elle est vraiment pendant ces longues heures lucides, exceptionnelles dans la trame du temps humain, où les habitudes du pays précédent vous abandonnent, sans que les autres, les nouvelles ne vous ai suffisamment abruti… ».
2/ Parcours

    
1. Au village de Sieu, dans le Maramures, je résiderai durant le mois juillet 2004 au siège de l'association Images de l'est (qui réalisera alors un atelier vidéo avec les jeunes du village et un documentaire sur la vision de l'Europe par ces jeunes). Je profiterai de ma connaissance du village et de quelques uns des ses habitants pour accompagner une famille paysanne dans ses différentes tâches quotidiennes (traite des vaches, coupe du bois, ensemencement du jardin, préparation de la mamaliga, veillée...).
2. En Bucovine, je partagerai la vie des religieuses d'un monastère pendant dix jours. Je serai accompagnée d'Eliane, intervenante dans les ateliers vidéo, qui connaît particulièrement bien la Bucovine et ses monastères.
3. Dans le delta du Danube, je chercherai à rencontrer des pêcheurs afin de les accompagner dans leurs tâches quotidiennes. Je montrerai leur rapport avec cette réserve naturelle.
4. Sur les rivages de la mer noire, je montrerai la vie des touristes : leurs occupations, leurs lieux de résidence, les restaurants...
5. A Bucarest enfin accompagnée par un Bogdan Marin, ami photographe et habitant de Bucarest, je montrerai la vie d'une grande ville de Roumanie, les points les plus vivants et les transformations architecturales laissées par le communisme. Les photographies montreront le paysage automobile, les affiches publicitaires, les écrits muraux (graffitis, slogans, dessins…), les vitrines, les transports en communs, les loisirs (salles de jeux, café, cinémas, opéra, théâtres, salles de sport, piscines)
6. Sibiu, Cluj, Timisoara, Sieu : nous traversons pour finir les villes saxonnes de Sibiu et Cluj afin de rejoindre le siège de l'association Images de l'est, où Bogdan et moi développerons les photographies monochromes qui seront exposées en septembre en Roumanie. Le développement sera possible grâce à l'aide de l'association Photo Ciné Club d'Alsace qui nous fera don d'un agrandisseur.

3/ Les expositions, le diaporama et la publication
L’exposition sera constituée d’une soixantaine de photographies en couleur et en noir et blanc.  Elles seront  disponibles (montées sur marie-louise et encadrées) à partir de septembre 2004.
Des textes pourront accompagnés ces photographies, ils présenteront les personnes, les conditions de prises de vue et les impressions de voyage. Ces textes suivront la série de photographies afin que le regard puisse rester libre et que l’imaginaire ne soit pas influencé.
Les photographies seront exposées en France et en Roumanie. Non seulement le public français pourra, par cette présentation en profondeur de l’Europe des hommes, découvrir une autre Roumanie, mais aussi le public roumain pourra découvrir son pays à travers le regard d’une étrangère. Pour certains roumains l’exposition sera également l’occasion d’un voyage immobile dans des régions inconnues.               
En Roumanie, les expositions seront franco-roumaines : Bogdan et moi montreront notre travail au  centre culturel français de Timisoara en septembre 2004 (nous prenons actuellement contact avec les centres de Cluj et de Bucarest). En France, les expositions se feront dans les lieux associatifs en rapport avec la photographie, le voyage ou la Roumanie et dans des galeries. Nous prenons actuellement contact avec entre autres la galerie Simultania et l’association Apollonia à Strasbourg, la cour des Boecklin à Bischheim, le Hall-Espace Gérard Philippe à Jarny …
Je prévois également de monter un diaporama associant les photographies et les bruits d'ambiance des lieux traversés.
Pour terminer, je mettrai en forme mes notes et mes photographies afin de présenter un récit de voyage illustré à des éditeurs et à des revues.

  
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